Le Salon de l'Amour et de la Séduction dans les yeux d'une sexologue

January 18, 2016

 

Ce week-end avait lieu l’édition annuelle du Salon de l’Amour et de la Séduction, ou de son nom Anglophone The Everything To Do With Sex Show. J’y suis allée en gardant l’esprit ouvert et en souhaitant partager avec vous une petite réflexion critique quant à l’événement.

 

Le nom de l’événement a souvent suscité beaucoup de critiques chez plusieurs couples ayant visité le salon, surtout chez les francophones. Le nom anglophone porte à croire que tout tournera autour du sexe et nous avertit que certaines choses pourraient être plus explicites. Le terme francophone laisse quant à lui croire que l’amour, le romantisme et la séduction seront mis de l’avant et peut créer des attentes complètement différentes et faussées.

 

Alors, à qui s’adresse le salon? À cette question je répondrais : «à toute personne prête à garder l’esprit ouvert, se faire surprendre et peut-être choquer un peu!». Je suis toujours agréablement surprise de voir l’engouement pour l’événement chez toutes les tranches d’âge, couples, individus de toutes nationalités et la diversité sexuelle qui s’y retrouve. Pour moi, les minorités sexuelles sont parfois trop marginalisées ou peu représentées, mais on voit tout de même l’effort que ce soit pour tous. À plusieurs reprises je me suis fait la réflexion d’être dans une ÉNORME boutique érotique, entourée de «porn stars» de l’industrie québécoise et de peu de «VRAIE» sexualité. Mais qu’est-ce que ce serait au juste, la vraie sexualité? Les organisateurs y vont sans censure en espérant rejoindre plusieurs clientèles, et la pornographie reste une industrie d’ici bien heureuse d’y être représentée!

 

Pour une première fois, j’ai regardé attentivement l’horaire des séminaires offerts par divers professionnels. Lorsque je suis arrivée sur place, une conférence sur le sexe oral était offerte par une sexologue originaire d’Ontario. Plus de 300 personnes écoutaient silencieusement la conférence, alors que le salon battait son plein juste à côté. Je me suis alors fait la réflexion suivante : qu’est-ce que ces gens viennent chercher? Pourquoi donnons-nous tellement d’importance à la «bonne technique» au niveau des comportements sexuels? Pourtant, malgré mes grands discours intérieurs, le fait est que le besoin est présent, que les gens veulent savoir et que sur place, ils ont l’impression qu’ils ne seront pas jugés, mais bien encouragés dans la découverte.

 

La dame présentant le séminaire ne peut pas se dire sexologue et psychothérapeute au Québec, puisque la profession est régie par le code de professions et que nous faisons partie d’un Ordre professionnel, le titre étant donc protégé. Pourtant, elle pratique en dehors du Québec et présente ici au monde une vision beaucoup plus «américaine» des sexologues. Un talk-show, une façon plus humoristique et sensationnaliste de présenter la sexualité, promouvoir des trucs précis pour faire la meilleure fellation…Ici, beaucoup de sexologues en seraient choqué-es. L’inclusion, l’éthique, la promotion d’un épanouissement sexuel qui passe par une congruence avec ses propres valeurs et non par un désir de performance imposé et une éducation sexuelle juste, voilà plutôt la vision des sexologues d’ici.

 

Mais où étaient les sexologues ce week-end? Serions-nous trop pudiques pour nous associer à de tels événements? Avons-nous peur de perdre une crédibilité si difficilement gagnée en proposant des idées nouvelles pour parler de bon sexe avec le grand public? Autant les organisateurs doivent se familiariser avec la profession de sexologue au Québec (le salon est aussi offert en Ontario), autant les sexologues doivent demander d’être mis-es de l’avant (et les organisateurs sont ouverts aux propositions!). J’ai pu discuter avec une sexologue passionnée de la clinique l’Actuel et la clinique A, que j’ai été très heureuse de rencontrer parmi les kiosques. Elle m’a partagé que le outreach (d’aller à la rencontre des gens dans divers milieux) était essentiel, pour informer en montrant qu’on peut poser toutes les questions, en démystifiant et en normalisant qu’il est possible d’avoir des difficultés. Ça compte aussi dans ce salon! Le réseau de la santé sexuelle du Québec était aussi présent, mais comme c’est étrange que ce réseau ne soit nullement attaché à des sexologues et qu’aucune référence à l’Ordre professionnel des sexologues du Québec ne soit faite sur leur site web? Plusieurs organismes montréalais auraient dû être présents, ne serait-ce que pour présenter leurs services ou faire de la prévention.

 

Bref! Pour un spectacle divertissant, pour satisfaire sa curiosité ou sortir de sa zone de confort, c’est parfait. Y aller en couple pourrait même créer de belles discussions! Plusieurs performances artistiques, burlesques et de lingerie très agréables étaient présentées. Par contre, si on cherche une solution à une sexualité qui ne va plus, ou qu’on a l’impression qu’on trouvera la réponse à ses questions sur tout ce qui concerne la sexualité, on sera déçu.

 

 

Et vous, que recherchez-vous en assistant à de tels événements? Comment pourrions-nous inclure les sexologues davantage dans des salons de divertissement? Trouvez-vous que cet événement fait la promotion d’une sexualité irréaliste ou non? Quels seraient vos commentaires et demandes pour un prochain salon?

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Sexologue Verdun, Membre de l'ordre professionnel des sexologues du Québec
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